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Je me souviens donc je me trompe

C’est le titre de l’émission d’ARTE sur la mémoire,  diffusée le samedi 10 décembre 2016 à 22h35, en co-production avec CNRS Images, un reportage consacrée aux faux souvenirs. J’ai enregistré un extrait  pour les visiteurs du site, les 23 premières minutes, à voir dans ma page audio/vidéo.
Les plus grands scientifiques mondiaux de la mémoire y ont contribués :
américains : Prof. Élizabeth Loftus, Prof. Daniel Schacter, Thomas Ryan (MIT); Prof. Suzumu Tonegawa;
allemands : Prof. Jan Born (Univ. Tübingen);
japonais : Prof. Hinomu Tanimoto (Univ. Tohoku à Sendaï);
français : Prof. Pascal Roulet (neurobiologiste CNRS), Karim Benchenane (CNRS), Prof. CHU Philippe Birmes, Romain Bouvet (CNRS).

Ils expliquent en français l’état de la connaissance scientifique sur la mémoire.

Le prof. Pascal Roulet et son équipe a fait une découverte capitale : nous modifions nos souvenirs quand nous les utilisons, se rappeler change le souvenir.

La mémoire manipulée : le dossier AFIS

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J’ai coordonné ce dossier pour le N°312 Avril 2015 de Science et pseudosciences. Un dossier de presse en donne le sommaire et quelques extraits. La revue est disponible chez les marchands de journaux. Les spécialistes français et étrangers de la mémoire ont contribué à ce numéro exceptionnel, notamment Richard McNally et Scott Lilienfeld (États-Unis), Hedwige Dehon (Belgique). Le dossier de presse a a été envoyé aux élus… et associations

Voici le sommaire du dossier :

 

Dossier : La mémoire manipulée 13
Souvenirs refoulés, faux souvenirs et délai de prescription (Brigitte Axelrad) 14
Quelle est la validité scientifique du refoulement ? (entretien avec Richard McNally) 18
Les « thérapeutes de la mémoire retrouvée (entretien avec Scott O. Lilienfeld) 22
Les faux souvenirs et les faux aveux sont-ils possibles ? (Hedwige Dehon) 24
Les faux souvenirs dans les entrevues d’enquête auprès des témoins ou victimes (Magali Ginet) 29
L’aveu, la « reine des preuves » ? (Brigitte Axelrad) 35
Peut-on immuniser les témoins contre les souvenirs erronés ? (Céline Launay, Jacques Py et Maïté Brunel) 38
L’audition des témoins perturbée par les croyances et le sens commun (Samuel Demarchi) 46
« Mort imminente », « enlèvements par des extraterrestres » : des phénomènes de faux souvenirs semblables ? (Hedwige Dehon) 54
Histoires de cas (Brigitte Axelrad) 59
 
Les facteurs communs aux psychothérapies (Jacques Van Rillaer) 62

Et ce n’est pas fini… le N°313, en préparation, comprendra un dossier sur l’hypnose, avec un article de Frédérique Robin de l’Université de Nantes, intitulé : Hypnose et Faux Souvenirs. Elle est l’auteur du livre Hypnose, Processus de suggestibilité et faux souvenirs, aux Éditions de boeck.

La loi peut-elle ignorer la science ?

Avant-propos :A la suite de mon article , publié dans la revue de l’AFIS, l’association a publié un communiqué envoyé à tous les parlementaires français, dont voici un extrait :

Communiqué de l’Association Française pour l’Information Scientifique (AFIS)

Abus sexuels, « souvenirs retrouvés » et manipulation mentale : la loi peut-elle ignorer la science ?


afis_small2Communiqué de l’Afis – 25 novembre 2014

Une proposition de loi a été discutée au Sénat, visant à modifier le délai de prescription pour les agressions sexuelles commises sur des mineurs et s’appuyant sur l’affirmation que le caractère traumatisant de l’agression peut conduire à une prise de conscience ou à une révélation tardive d’un souvenir enfoui pendant plusieurs dizaines d’années. Elle reportait le point de départ du délai de prescription des agressions sexuelles au jour « où l’infraction apparaît à la victime dans des conditions permettant l’exercice de l’action publique » comme la jurisprudence le prévoit déjà pour les abus de bien sociaux. Le Sénat l’a modifiée en proposant de prolonger le délai de prescription de dix années supplémentaires, le portant à 30 ans après la majorité pour les viols et agressions sexuelles avec circonstances aggravantes.[…]

La majeure partie de la Communauté scientifique aux États-Unis et en Europe considère en effet que l’amnésie dissociative traumatique, autrement appelée refoulement, est un« morceau de folklore dénué de tout fondement scientifique convaincant » . Les faux souvenirs induits retrouvés en thérapie sont dénoncés notamment par Elizabeth Loftus, Richard McNally, Scott O. Lilienfeld, mais aussi en Europe et en France notamment par Philippe-Jean Parquet, Paul Bensussan et Caroline Eliacheff, entre autres.[…]

Le professeur Elizabeth Loftus a déclaré : « Si les Français doivent traverser le même épisode tragique que les Américains lors de la guerre des souvenirs, je les plains sincèrement. »

L’AFIS reprend à son compte la conclusion énoncée par le Professeur Scott O. Lilienfeld : « Nous devons nous tourner vers des données bien établies, pas vers des intuitions viscérales. Nous devons distinguer les faits scientifiques de la fiction scientifique. Si nous ne le faisons pas, nous risquons de faire subir un préjudice grave à des personnes innocentes et à leurs familles. »

Dernière minute :

En commission, le projet de loi avait été adopté par 31 voix contre 30. J’ai pu constater l’ignorance des élus à qui on a fait croire que le refoulement ou l’amnésie dissociative traumatique (qui sont des théories non prouvées scientifiquement) étaient la même chose que l’amnésie  traumatique subie  à la suite d’un choc (qui elle a une réalité objective) et qui disparaît le plus souvent après quelques jours ou quelques semaines.  
In fine, la proposition de loi UDI pour allonger de 10 années supplémentaires le délai de prescription a été repoussée à l’Assemblée Nationale, le 2 Décembre 2014, par 252 voix contre 191 *.